Côte d’Ivoire : Qui en veut à Guillaume Soro ?

Décidément, le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire ne quitte plus la Une des journaux et magazines. Et pour cause, les récentes mutineries d’une partie des militaires et la découverte d’une prétendue cache d’armes dans une résidence appartenant à son directeur du protocole ont focalisé toutes les critiques et suspicions sur celui que l’on désigne déjà comme prétendant à la présidentielle de 2020.

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur la dernière parution de Jeune Afrique n°2943 du 4 au 10 juin 2017, qui titre en couverture : « Soro, une énigme ivoirienne ».

Dans l’éditorial intitulé « Docteur Guillaume et Mister Soro », l’auteur, Marwane Ben Yahmed, n’y va pas de main morte : « Si Guillaume Soro devait un jour songer à sa reconversion professionnelle, nul doute que s’ouvrirait à lui une voie toute tracée : armurier ! […] il pourrait même passer pour le digne successeur du célèbre Viktor Bout ».

Si des éléments – du reste discutables – des faits énumérés dans l’entame de cet édito peuvent être retrouvés dans l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, l’allusion à Viktor Bout semble tout de même des plus déplacées ! Guillaume Soro n’a jamais exercé une quelconque activité dans le trafic d’armes de guerre. C’est pourtant là le talon d’Achille que ses détracteurs ont trouvé. Ils s’engouffrent dans cette brèche comme pour sonner l’hallali : « Guillaume Kigbafori Soro a deux visages. Le premier est celui d’un enfant de chœur. […] L’autre visage […] est pour le moins sombre et sent le soufre. Soro ne serait mû que par un seul objectif : parvenir à ses fins. Par tous les moyens. Un homme brillant, d’un certain point de vue, froid et méthodique, qui se nourrit habilement du conflit. Un fin stratège aussi. Autrement dit, un Machiavel […] », décrit Marwane Ben Yahmed.

L’auteur égrène les histoires qui présentent la face sombre allant des faits des hommes de troupe entre 2001 et 2011, passant par la mort de Ibrahim Coulibaly dit « IB », à celle de Désiré Tagro, pour chuter par « les mutineries qui éclatent chaque fois que sa situation politique se détériore, comme en janvier dernier, quand son poste de président de l’Assemblée Nationale était, dit-on, menacé. »

Le plan d’attaque contre Guillaume Soro est donc bien trouvé. Il faut à tout prix lui mettre sur le dos des caches d’armes, des morts non élucidées, la fuite des capitaux, les mutineries et une soif inextinguible du pouvoir ! Des médias locaux ont beau dire que les caisses trouvées dans l’ancienne résidence de son directeur du protocole à Bouaké étaient vides, on n’en a cure ! Lorsque Soro exige des preuves pour le rapport de l’ONU à propos des 300 tonnes de matériel militaire, silence radio… Et pourtant, on ne se promène pas allègrement avec 300 tonnes d’armes comme on entre dans une église avec sa dîme en mains, dans un monde où passer une frontière avec un couteau suisse en poche peut vous conduire en prison.

Mais, comme le dit cet adage, « qui veut noyer son chien, l’accuse de rage ». Et puisqu’il faut absolument que quelqu’un paie, eh bien, on prendra celui qui gêne ! Et tant pis pour la morale.

La présidentielle en Afrique, un parcours du combattant

En Afrique, le chemin vers la magistrature suprême est parsemé d’embûches. Tous les coups sont permis pour empêcher l’adversaire de vous damer les pions. Et à coup sûr, Guillaume Soro gêne plus d’un. Il convient par conséquent de l’isoler, en faire un paria pour mieux l’abattre.

En 2014, lors de la première mutinerie, ses détracteurs lui imputent déjà cette colère soudaine des hommes de troupe. Les ragots enflent lorsqu’en 2016, lors de la réforme constitutionnelle, on le dit courroucé d’être dépossédé du dauphinat constitutionnel en perdant sa position de deuxième personnalité de l’Etat. Une autre estocade est lancée en 2017, lors du renouvellement de l’Assemblée Nationale. Les médisants le prétendent tombé en disgrâce auprès du Président Alassane Ouattara, en ne bénéficiant plus de la confiance du chef de l’Etat pour effectuer un second mandat à la tête du Parlement ivoirien.

La seconde mutinerie de janvier 2017 est perçue par ses adversaires comme une tentative pour forcer la main du président à le garder au perchoir de l’Assemblée Nationale. Mais, ce n’est pas tout, il faut également lui mettre à dos le premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qui passe pour être le numéro 3 du pouvoir désormais, tout comme le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko. Mais l’isolement dans lequel ses adversaires veulent le confiner ne doit pas être que local. Il faut un désaveu international, impliquer la communauté internationale, à travers l’ONU et les fameux 300 tonnes de matériel militaire. On sait cependant comment procèdent les Nations Unies. L’affaire commence par un rapport, qui sera suivi par une enquête « internationale indépendante », celle-ci aboutissant naturellement à une condamnation et à des sanctions…

Mais, face à toutes ces manœuvres, l’homme reste de marbre. Il déclare être actuellement plus préoccupé par la recherche de la justice sociale, de la paix pour l’ensemble de son pays et du rassemblement. C’est la raison pour laquelle on le voit multiplier des rencontres avec des membres du camp Gbagbo, car tous gagneraient à voir les fils et filles de Côte d’Ivoire vivre en harmonie, dans un pays stable.