France – Afrique : Macron défie la civilisation africaine

Par BAKALA KANE

En marge du sommet G20 à Hambourg en Allemagne cette semaine le président français a indexé la forte natalité des femmes africaines comme facteur de sous-développement. Cette vision caricaturale d’un nouvel ami de l’Afrique et de l’humanité indigne les observateurs de la diaspora qui pensent que le vrai problème du continent n’est pas dans les femmes africaines qui ont entre 7 et 8 enfants mais dans la crise économique, écologique et politique. Une déclaration qui s’inscrit dans le prolongement de celle de Nicolas Sarkozy à l’occasion de son premier déplacement officiel à Dakar en 2007 qui avait lui aussi sous estimé l’Afrique en soulignant que le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.

Jacques Chirac, l’Africain, avait mis en avant « les bruits et les odeurs des immigrés », Nicolas Sarkozy « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » et voilà le nouveau président français Emmanuel Macron qui parle des africaines qui ont entre 7 et 8 enfants comme étant le vrai problème du continent. Cette vision du sous-développement africain, venant d’un nouvel ami de l’Afrique et de l’humanité, suscite indignation. C’est surtout parce que Macron incarne l’espoir d’un nouveau chef d’Etat, un des plus jeunes d’Europe, voire du monde, le changement dans tous les sens au niveau des idées et de la pensée en général. En indexant la forte natalité des femmes africaines comme facteur de sous-développement, le président français lance un défi civilisationnel. Si l’on prend comme exemple la moyenne de natalité en Afrique subsaharienne, elle est de 5 enfants par femme. Aujourd’hui la tendance est à la baisse du fait des progrès dans le planning familial et de la médecine ces dernières années. Pour des valeurs inhérentes à la société, le nombre d’enfants est un atout et non un handicap. C’est la richesse des peuples d’Afrique. Le retard de développement du continent n’est pas démographique mais économique, écologique et politique. Le raisonnement du président français est à contre courant de la réalité africaine. La stabilité économique des états africains ne dépend pas des milliards dépensés pour ces enfants mais d’une vraie politique de natalité. Cette vision comptable n’est pas une vision qui compte. A ce stade des polémiques, un vieil adage africain dit que l’eau versée ne se ramasse pas. Il appartiendra à Macron d’en tirer les conclusions et aux observateurs d’interpeller les démographes, économistes et sociologues, Imams et Oulémas pour répondre comme les historiens l’ont fait à Sarkozy par un précis de remise à niveau sur l’histoire africaine.

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