Mauritanie: L’affaire Bouamatou prend de l’ampleur à Nouakchott

Par BAKALA KANE

De l’intimidation la machine politico-judiciaire est passée à la vitesse supérieure cette semaine à Nouakchott en plaçant sous mandat de dépôt le sénateur Ould Ghadda et la sénatrice Maalouma ainsi que l’officier Ould Mohamed Mbarreck. Le crime transfrontalier retenu par le parquet contre le chef de la fronde des sénateurs explique cette volonté de Ould Aziz de régler ses comptes au richissime Bouamatou, exilé au Maroc, désormais sous mandat d’arrêt avec son bras droit et neuf sénateurs.

Une affaire qui éclabousse également les patrons de la presse indépendante et les dirigeants des centrales syndicales libres, à partir de maintenant sous contrôle judiciaire. Les observateurs s’indignent de cette instrumentalisation de la justice à des fins politiques qui bascule inévitablement le pays dans une dictature.

Le rythme des arrestations a atteint son paroxysme cette semaine à Nouakchott. Le président mauritanien offre ainsi à ses compatriotes la suite du feuilleton le plus célèbre en Mauritanie sur l’affaire Bouamatou. Le prologue d’abord, ce sont les révélations promises par le chef de l’Etat sur l’opposition démocratique pendant la campagne pour le référendum en désignant le chef de la fronde des sénateurs comme le principal instigateur de l’échec de ses réformes et de l’image écornée à travers des scandales d’Etat qui touchent les relations entre le Maroc et la Mauritanie. Et ensuite, l’épisode des interpellations, suivi des arrestations, avec en toile de fond le parquet général qui passe à l’offensive. Après une semaine d’intenses poursuites le sénateur Ould Ghadda, la sénatrice Maalouma et l’officier Ould Mbareck viennent d’être placés sous mandat de dépôt, alors que les patrons de Cridem, du Calame et du quotidien de Nouakchott, ainsi que les dirigeants des centrales syndicales indépendantes sont sous contrôle judiciaire. Tous sont soupçonnés d’avoir profité de la manne du milliardaire Bouamatou exilé à Marrakech, désormais sous mandat d’arrêt avec son bras droit et neuf sénateurs.

Autant de personnalités du monde politique, de la presse privée et syndical entre les mains de la justice. Tout se passe comme si Ould Aziz a les mains propres, comme si lui-même n’a pas profité de l’argent du richissime mauritanien issu de la même tribu les Ouleb Besbah. C’est lui pourtant qui aurait servi d’écran lors du coup d’Etat de 2008 pour convaincre la France et surtout apporter un soutien considérable pour les élections de 2009. Une guerre de cousins qui tourne aujourd’hui à un règlement de comptes ouvrant la chasse à tous les hommes et à toutes les femmes qui ont approché de près ou de loin Bouamatou. Cette instrumentalisation de la justice à des fins politiques indigne les observateurs inquiets de l’ampleur du phénomène.

 

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