Sénégal : Le polémiste Kémi Séba secoue la Françafrique à Dakar

Par BAKALA KANE

Le panafricaniste Kémi Séba vient d’être acquitté par le tribunal de Dakar suite à la plainte de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le jeune activiste d’origine française était jugé pour avoir brûlé un billet de 5000 FCFA. C’est la justice sénégalaise qui en sort vainqueur, et pour l’activiste, c’est une opération médiatique réussie qui pourrait renforcer son combat contre la Françafrique, notamment dans les réseaux sociaux.

Soulagement des observateurs, qui saluent les juges sénégalais qui n’ont pas suivi l’infraction proprement dite. Ce geste symbolique a au moins le mérite de relancer le débat sur l’indépendance économique et monétaire des Etats africains postcoloniaux.

Secret de polichinelle. Les réseaux sociaux constituent pour beaucoup d’activistes une large tribune pour diffuser et échanger leurs idées .C’est le cas du jeune Kémi Séba, d’origine française revenu sur les traces de ses origines au Sénégal ces dernières années. Ses discours musclés sur la persistance de la domination de la France sur ses anciennes colonies font toujours peur aux dirigeants africains et français, mais les jeunes sénégalais et africains et de la diaspora se reconnaissent à travers ce combat anti-colonial. Ce qui l’encourage à passer à l’action récemment dans la capitale sénégalaise en brûlant un billet de 5000 FCFA.

Tollé général dans le milieu financier, notamment avec la plainte de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, garante de cette monnaie qui n’a plus beaucoup de côte chez la nouvelle génération que représente le panafricaniste Kémi.

Heureusement, le tribunal sénégalais n’a pas suivi la polémique en l’acquittant malgré cette infraction. Une victoire pour la justice et un sursis pour le polémiste français qui entend poursuivre le combat contre la Françafrique.

Même si la démarche est critiquable il n’en demeure pas moins que ce geste symbolique relance le débat sur l’indépendance économique et financière des Etats africains postcoloniaux et en particulier au sein de l’Union économique et monétaire Ouest-Africaine (UMOA), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Dans toutes ces organisations sous régionales la question monétaire est la partie visible de l’iceberg qui cache en effet un autre levier sur lequel s’appuie la France pour étendre sa culture, la langue française devenue un instrument de domination culturelle par le biais de la Francophonie.

Le français est depuis toujours la langue officielle et la langue d’enseignement pour ces millions d’écoliers africains au détriment de leurs langues maternelles reléguées au stade de dialecte ou langues vernaculaires. Autre critique de la Françafrique, ce sont les accords de défense signés entre Paris et beaucoup de capitales africaines pour maintenir le parapluie français contre les coups d’Etat militaires, moins nombreux ces dernières années avec l’avènement de la démocratie. Un rapport de domination symbolisé aujourd’hui par la lutte contre le terrorisme islamiste dans le Sahel.

D’apparence grossière, cet acte de Kémi soulève toutes ces questions mais ne résout pas le problème. La fin du FCFA demande plus que des symboles.

 

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