France-Mauritanie : Quelles retombées pour la visite de Macron à Nouakchott?

Par BAKALA KANE

Après la Tunisie et le Sénégal c’est à la Mauritanie que le président français va consacrer sa deuxième visite d’Etat dans cet espace politique arabo-africain. Une visite de deux jours en mars prochain pour relancer les relations entre les deux pays tendues sous le quinquennat de Hollande. Et au cours de laquelle Emmanuel Macron et Ould Aziz pourraient aborder des questions relatives au réchauffement entre Dakar et Nouakchott, la place de la Mauritanie dans le dispositif du G5 et d’autres qui fâchent sur les droits de l’homme et enfin dans une moindre mesure la restitution par la France du patrimoine culturel d’Atar. Les observateurs s’attendent à une normalisation rénovée entre Paris et Nouakchott dans le sens de la République en marche.

Emmanuel Macron, président français élu en 2007 apparaît aux yeux des observateurs comme un président décomplexé et déroutant à la fois.  Tantôt serrant fortement la main à ses homologues occidentaux et tantôt accolades ou remontrances à ses homologues africains. Signe d’une nouvelle dynamique diplomatique que le nouveau locataire de l’Elysée tente de mettre en place lors des visites officielles, notamment dans les anciennes colonies d’Afrique.

Après le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et tout récemment la Tunisie et le Sénégal c’est à la Mauritanie qu’il va consacrer une visite d’Etat de deux jours en mars prochain. Le jeune chef d’Etat français a rendez-vous avec un pays désertique à 80 pour cent et l’un des plus riches en ressources minières et halieutiques, mais un des plus pauvres de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Dans ce pays considéré par les observateurs comme un trait d’union entre le monde arabe et africain, et qui se trouve aujourd’hui politiquement dans une impasse et économiquement dans un état de dégradation avancée. Et pour la première fois Macron va fouler le sol mauritanien. Le pays des « Mourabitounes »dirigé depuis 2009 par le régime autoritaire de Ould Aziz.

Un régime mal réputé

La Mauritanie n’a pas bonne presse puisqu’elle est considérée comme le pays le plus corrompu du Maghreb et le plus endetté de la sous-région avec plus de 90 pour cent du PIB cumulant ainsi tous les handicaps d’un mauvais élève du FMI et de la Banque Mondiale.Malgré ces mauvais records le courant semble bien passer entre Macron et Ould Aziz mais il n’en demeure pas moins que beaucoup de qualités les séparent. Ould Aziz est réputé pour sa mal gouvernance. Un sujet parmi tant d’autres qui fâchent.Ce point faible pourrait peser sur la balance de l’aide publique française au développement de la Mauritanie au bord du surendettement.D’ores et déjà la priorité française ira dans l’éducation et le changement climatique. Deux secteurs vitaux pour la Mauritanie qui ont besoin d’être boostés.

Autre inquiétude, Ould Aziz est de plus en plus fragilisé par les plaintes des avocats français de l’IRA contre la répression des militants anti-esclavagistes dont plusieurs sont toujours détenus et maltraités dans les prisons les observateurs attendent que le président français accorde une attention particulière aux droits de l’homme chers à la République en marche.

L’interpellation la semaine dernière du président de l’IRA ne va ni dans le sens de l’apaisement, ni dans le respect des libertés publiques. Seulement le point fort du président mauritanien c’est la place de son pays dans le G5 Sahel mais en concurrence direct avec le Sénégal devenu un partenaire incontournable de la France dans la lutte contre le terrorisme même si Ould Aziz est hostile à son adhésion au club fermé du Sahel. Secret de polichinelle.Le président français a joué depuis son élection un rôle déterminant dans la décrispation des relations entre Dakar et Nouakchott et il n’hésitera pas à plaider pour la cause de Macky Sall. un fidèle allié dans les opérations militaires internationales et continentales. Un péché mignon de Ould Aziz qui pourrait coûter une mise au point ou des explications c’est que son pays abrite aujourd’hui Abou Hafs ex-mufti d’Al Qaïda ainsi que d’autres activistes islamistes et rebelles de l’AZAWAD. Il s’agira pour le pays hôte de rassurer les touristes surtout français à venir en Mauritanie.

La récente réouverture de l’aéroport d’Atar s’inscrit dans cette logique.Et ce sera l’occasion également pour le chef de l’Etat mauritanien dans une moindre mesure de revenir sur la restitution par la France du patrimoine historique de la capitale de l’Adrar, une vieille revendication des mauritaniens depuis 1’aube des indépendances.Parmi les objets figurent en grande partie des pièces d’art d’archéologie, des manuscrits, des gravures, des témoignages écrits et des photos. De quoi enrichir les festivals de villes anciennes qui drainent chaque année du monde et de réhabiliter le musée régional d’Atar.

Cette visite qui s’inscrit dans le cadre d’une diplomatie rénovée devra permettre de jeter les premiers jalons d’une rupture avec un Etat raciste d’autant plus que le contexte s’y prête à une année de la fin du deuxième quinquennat de Ould Aziz.

 

COMMENTS

  • J’aime sont style il vien a la rencontre du peuple

  • Exactement, il faudrait appliquer strictement la Constitution de 1958, revenir au septennat pour laisser le temps au Président élu de mener son action et régler les problèmes (le quinquennat a été une belle bêtise!!!), respecter la souveraineté du peuple, respecter les résultats des référendums (pas comme en 2005 !), et que les gouvernants ne poursuivent quun but : le bien commun. Les choses iraient tellement mieux. Mais malheureusement on nen prend pas le chemin.

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