Mauritanie : une loi anti-discrimination controversée

Par BAKALA KANE

Le journaliste Bakala Kane

Les députés mauritaniens viennent d’adopter cette semaine à Nouakchott une loi pour punir les auteurs de discours haineux et les groupuscules identitaires spécifiques.Une batterie de mesures qui vise une condamnation plus sévère des coupables à 5 ans de prison voire plus avec la perte des droits civiques politiques et familiaux pour 5 ans.Exceptés les journalistes qui ne peuvent plus être emprisonnés.Dans ce contexte de climat social tendu les observateurs considèrent que ce texte est encore plus stigmatisant envers la communauté Hratine et négro-africaine et ne résout pas les discriminations liées au contrôle au faciés des forces de l’ordre encore moins leur brutalité contre les militants anti-esclavagistes.

La Mauritanie se trouve dans une impasse politique depuis 2009. Le deuxième quinquennat de Ould Aziz a confirmé un régime aux abois et très autoritaire aggravé par des atteintes aux libertés publiques et à la constitution. Pour sortir de cette crise le président mauritanien souffle le chaud et le froid en initiant des lois pour calmer la situation intérieure marquée par arrestations et condamnations fréquentes des militants anti-esclavagistes de l’IRA. C’est dans ce contexte que les députés ont adopté cette semaine à Nouakchott un projet de loi visant à lutter contre les discriminations. Il s’agit de mesures contre les auteurs de discours haineux de groupuscules identitaires spécifiques. Une allusion pour les observateurs à des militants de l’IRA et mouvements citoyens qui laisse penser que cette loi est stigmatisante et ne s’applique pas à d’autres discriminations liées à l’origine par exemple commises par l’Etat et au nom de l’Etat pour exclure les noirs dans les hautes fonctions de l’administration et de l’armée. Malgré la condamnation plus sévère des coupables à 5 ans de prison voire plus avec la perte des droits civiques politiques et familiaux pour 5 ans cette nouvelle loi est un leurre comme les nombreuses autres lois contre l’esclavage ou les détournements des deniers publics. La liste est longue.

Seuls les journalistes font exception. Ils ne seront plus emprisonnés pour leur opinion. Ce clin d’oeil soudain des autorités de Nouakchott à l’IRA et aux ONG nationales des droits de l’homme est dictée par la pression des Nations-Unies contre les séquelles de l’esclavage en Mauritanie. Et par ailleurs la communauté internationale s’inquiète de plus en plus de la nouvelle tournure de la politique intérieure caractérisée par les arrestations constantes des militants anti-esclavagistes et le règlement de compte de Ould Aziz à ses opposants sénateurs journalistes et syndicalistes indépendants après le référendum de 2017. Les discriminations sont multiples. Et celles commises par les forces de l’ordre lors des contrôles et expulsions des étrangers ou les manifestations semblent être absente de la panoplie de mesures gouvernementales qui s’inscrivent pour le moment dans le cadre d’un plan économique et social. Une façon de rassurer les bailleurs internationaux. Et que dire des crimes à caractère ethnique de 86 à 91. Cette loi anti-discrimination est incomplète et gagnerait avant tout à être appliquée même sous cette forme.

 

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