Je vous raconte aujourd’hui une histoire personnelle qui a profondément marqué mon rapport à l’art. J’ai 47 ans, je vis à Rouen, mais une partie essentielle de mon parcours s’est construite bien loin d’ici, à Kinshasa, dans la commune de Ngiri-Ngiri.

Il y a plus de trente ans, alors que j’étais encore jeune, mon père, Philémon Makiadi Suekolo, m’a présentée à un homme qui allait, sans que je le sache, transformer ma manière de voir la création : son ami, le père de Roger Botembe, qui m’a initiée à  l’art abstraite.

Une initiation artistique en une seule journée

En une seule journée, Botembe père m’a initiée à la peinture plastique artistique, avec une approche simple, directe, presque instinctive, dans son atelier situé dans la commune de Kintambo, à Kinshasa. Ce que j’en retiens aujourd’hui va bien au-delà de la technique : une ouverture à la peinture abstraite, à la liberté du geste et à l’expression sans contrainte.

Il m’a appris à :

  • poser la peinture sur la toile avec intention ;
  • laisser les couleurs dialoguer entre elles ;
  • comprendre que l’art ne se limite pas à reproduire, mais à ressentir et exprimer, et même entrevoir comment une œuvre peut exister dans le regard des autres ;
  • savoir présenter et vendre une œuvre d’art.

Une transmission qui dépasse la technique

Le père de Roger Botembe faisait partie de ces passeurs de savoir discrets, qui transmettent sans formaliser, mais avec une force durable. À l’époque, je ne mesurais pas la portée de ce moment. Aujourd’hui, je réalise qu’il s’agissait d’un véritable héritage : une transmission orale, humaine et presque familiale.

Son fils, Roger Botembe, un grand frère dans ma mémoire

Dans cette histoire, Roger Botembe occupe aussi une place particulière. Dans la tradition congolaise, nous appelons respectueusement les aînés “Yaya”, ce qui signifie grand frère ou grande sœur en lingala.

C’est ainsi que je le considère aujourd’hui encore Yaya, même s’il n’est plus de ce monde. Un grand frère dans le sens culturel, humain et symbolique du terme, dont la présence reste liée à ce souvenir d’enfance et à cet univers artistique qui m’a été transmis par son père. Roger Botembe connaissait aussi bien mon père.

De Kinshasa à Rouen : faire vivre une peinture libre et abstraite

Aujourd’hui installée à Rouen, je porte cet héritage comme une force créative. Avec le recul, je réalise que ce que j’ai reçu ce jour-là m’a naturellement conduite vers une expression plus libre : la peinture abstraite, où l’émotion prime sur la forme.

Dans cette dynamique, j’aimerais pouvoir :

  • développer une pratique plus assumée de peinture abstraite ;
  • partager une approche intuitive et accessible de l’art ;
  • créer des ponts entre cultures africaines et européennes à travers la création ;
  • transmettre cette liberté d’expression artistique à d’autres.

Donner continuité à une transmission

Ce que j’ai reçu en une journée à Kinshasa mérite de continuer à vivre autrement, ici, à Rouen. Pas seulement comme un souvenir personnel, mais comme une manière de penser l’art : libre, sensible, et profondément humain.

Car derrière chaque parcours artistique, il y a souvent une rencontre. La mienne a eu lieu à Kinshasa. Et elle continue aujourd’hui à s’exprimer à travers la peinture abstraite.