Rumba Congolaise : Elebiane Nzili s’offre une bonne place avec son premier album Rumba Sepelasss

PAR GABRIEL MAMPEM KWAMBAMBA
Lincoln Nebraska

Les amoureux de la rumba congolaise sont servis et alors bien servis par une artiste qui a surpris et pris de court tout le monde. Depuis une semaine, Béatrice Elebiane Nzili a mis à la disposition du public son album réalisé en solo et disponible sur Youtube. Sept titres et rien que la rumba, ce genre de musique qui fait la particularité de la République Démocratique du Congo depuis des décennies.

Les chansons de Nzili sont d’une beauté artistique et d’une profondeur morale qui font qu’on les écoute presque religieusement la première fois, puis les belles mélodies s’invitent aux lèvres. Dès la deuxième audition, on se surprend, hypnotisé par le talent de cette belle dame, entrain de fredonner une, deux voire trois de ces chansons.

 

L’amour, oui rien que l’amour mais avec des facettes qui rappellent des réalités que les humains vivent chaque jour, est au rendez-vous dans cet opus. Si dans « Sikiliza » il est question d’hymne à l’amour très berceur et mélancolique, « Terroriste ya Bolingo » parle d’une déception, une grande déception. Un homme tombe amoureux, il croit tomber sur la femme de sa vie, mais il se rend compte qu’en dépit de toutes les concessions qu’il fait, rien ne marche. Et la femme finit par passer aux aveux : elle n’a plus un cœur pour aimer car elle avait été déçue. Elle est donc devenue une terroriste d’amour. Quel gâchis ! Et voila que tout devient un cycle infernal, car le déçu d’hier déçoit à son tour, devenant lui-même aussi terroriste d’amour.

« Pauvre Piéton » parle d’un univers où l’amour est conditionné par l’avoir. Il faut avoir de l’argent, des villas, des jeeps, habiter l’Europe pour être accepté. Voici un homme qui, de bonne foi, drague une fille avec une intention noble, seulement voilà, il n’a rien. Alors pour toute réponse, elle se moque de lui parce qu’il est pauvre et piéton. D’où cette question essentielle pour l’artiste : qui a donc décrété que les pauvres n’ont pas doit à l’amour ? Qui a décidé qu’ils ne peuvent constituer un foyer ? Pour qui connait l’artiste Elée, cette thématique a hanté cette dame durant toute sa vie. Elle qui est née et a grandi dans une maison ou coulait lait et miel, elle était cependant traumatisée à l’idée qu’on refuse la main d’un homme à cause du matériel car à ses yeux, l’amour relève du domaine immatériel. C’est sa philosophie de la vie, impossible de lui faire admettre le contraire. Elle est compatissante envers les pauvres et déteste toute sorte d’injustice qu’elle combat avec les mots les plus durs qui soient.

 

Dans « Mondingo », cette fois c’est la femme qui parle, une autre question d’actualité : le mariage incertain pour des nombreuses filles qui pourtant tiennent à cet honneur, qui pourtant aiment d’un amour vrai. Le cœur meurtri, on attend un hypothétique homme qui ne vient pas. Et parfois quand un se présente, c’est simplement un amour par intérêt pour vous ravir le peu que vous avez. Quelle peine, quelle douleur ! C’est du Nzili ça : une âme compatissante. Alors quand elle chante elle se met à la place de la victime. Vous avez dit victime : « Horizon Perdu » nous parle d’une victime. L’amour est parti. La victime est abandonnée mais croit dur comme fer à la résurgence de cet amour car elle est convaincue que c’est l’amour de sa vie, un amour qui, comme le sphinx, naît de ses propres cendres, au propre et au figuré.  Le texte est très imagé : « Même si tu es marié, même si tu as des enfants, même si tu me reviens complètement vieilli, dans ma mémoire je suis toujours cette jeune fille complètement vouée à toi, je t’aimerai toujours et dans mon cœur tu demeures. On mourra ensemble, et du fumier de nos restes germera une fleur, la fleur perdue du jardin d’Eden ». Il faut avoir et le cœur et la plume d’Elee pour pondre un texte d’un romantisme si pur, si exaltant et en même temps si pénible quand on se met à la place de tous ceux et celles qui, ici-bas, vivent ce genre de déception.

  

Les amoureux du folklore ne sont pas oubliés. Elebiane, quoique née à Kinshasa, et en dépit de toutes ces années passées en Europe, tient absolument à ses origines Ngombe. « Iso Ngombe », justement, est puisée de ce folklore qui fait une belle peinture des scènes de vie à Lisala.

 

Qui est Elebiane Nzili ?

Elebiane est née à Kinshasa. Son Père, Paul Nzili fut Premier Avocat général près la Cours Suprême de Justice et sa mère, Agnès Mopodi, une monitrice. Une éducation stricte, une instruction dans les meilleures écoles de la capitale et la fréquentation régulière des activités à Saint Eloi au quartier Bon Marché, ont formé la personnalité de cette ancienne élève de bonnes sœurs du Lycée Sacré Cœur. Elle grandit en observant plus qu’en s’exprimant. Après les Humanités, elle opte pour la faculté de droit à l’Université de Kinshasa, puis se rend à l’ULB pour parachever ses études.

Elée, comme ses intimes l’appellent, a grandi dans une maison où amour et bonne musique faisaient bon ménage, en plus d’une discipline de rigueur. Marquée par la rumba pure, elle a toujours rêvé de produire son propre album en se ressourçant au rythme des années de sa jeunesse mais avec sa propre originalité, avec sa touche, sa sensualité, ses propres mots, sa vision du monde. Un monde à qui elle a offert des roses par une affection sans faille, un sourire iconique, des services au premier venu, inconnu ou amis, depuis son en enfance, mais un monde souvent ingrat qui lui a souvent balancé des épines en retour.

Le pari est gagné et le public est bien servi dans Rumba Sepelasss. Elle ne se veut pas professionnelle. La musique est juste son hobby, mais il y a à parier que la qualité de son œuvre et ce plaisir qu’il procure à tous ceux qui l’écoutent vont faire de cette romancière une vraie princesse de la rumba, belle musique d’autrefois mais qui est tant polluée de nos jours. C’est une vraie secouriste de la rumba malade qui est en face de nous.  Rumba Sepelasss mérite qu’on s’y attarde avant de s’y attacher, c’est certain. On ne peut lui souhaiter que plein succès.

 

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